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Rapports de pays

Yémen Rapport de pays

Survol

INTRODUCTION

Le climat politique et sécuritaire du Yémen reste des plus sensibles. La majorité des gouvernements occidentaux déconseillent formellement à leurs ressortissants tous déplacements dans cet État. Le Yémen (27 millions d'habitants) est un pays fragile, en développement, pauvre et affligé par une situation politique précaire et une guerre civile désastreuse. Le pays fait également face à un péril terroriste au quotidien, aux enlèvements (visant notamment les ressortissants occidentaux) et à une violence généralisée liée au conflit.

POLITIQUE

Le Yémen est instable sur le plan politique en raison de la guerre civile mettant aux prises les militants chi'ites soutenus par l'Iran, face au gouvernement et à ses forces régulières. En janvier 2015, les rebelles capturaient le Palais Présidentiel, et de facto s'emparaient du pouvoir à Sanaa. Les avancées des rebelles Houthis ont contraint le président à s'exiler, d'abord à Aden puis en Arabie Saoudite.

Face aux avancées des insurgés houthistes dans le centre, le nord et le sud, une coalition réunissant plusieurs pays arabes a été créée par l'Arabie Saoudite en mars 2015 ; les opérations successives de la coalition ont grandement contribué au recul des Houthis, aujourd'hui essentiellement sur la défensive dans l'est du pays.

La communauté internationale se fait de plus en plus critique des actions de la coalition au Yémen. Les raids aériens intenses ont causé de très nombreuses victimes, tant civiles que militaires, et le blocus mis en place en novembre 2017 suite à un tir de roquettes houthies sur Riyad (interceptées en vol par le système de défense saoudien) aggrave une situation humanitaire déjà chaotique.

Ces derniers mois, la scène militaire yéménite se fragmente au sein des principaux camps. Les houthis ont perdu un allié précieux en la personne d'Ali Abdullah Saleh, ancien président du Yémen et leader du Congrès Général du Peuple, fin 2017. La rupture de cette alliance d'intérêt s'est soldée par l'exécution de l'ancien président yéménite en décembre 2017 et une chasse aux sorcières de ses adeptes dans les territoires contrôlés par les Houthis depuis lors. Dans le même temps, les divergences entre l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis (EAU), les deux principales forces de la coalition au Yémen, se font de plus en plus visibles. Tandis que l'Arabie Saoudite voit le futur du Yémen entre les mains du Président Abd Rabbu Mansour Hadi, les EAU se méfient du gouvernement yéménite actuel en raison de ses liens avec le parti Al-Islah, considéré comme la branche des Frères Musulmans dans le pays. L'Arabie Saoudite concentre de même ses efforts sur les Houthis dans l'est alors que les EAU ont tourné leur attention sur Al Qaïda et l’État Islamique dans le sud. Les EAU se sont ainsi progressivement rapprochés du Conseil de Transition du Sud (CTS) à Aden, en qui ils voient un meilleur partenaire dans la lutte contre le terrorisme que le gouvernement du Président Hadi.

Si les Sudistes et les forces du gouvernement furent pour un temps alliés, notamment lors de la reprise d'Aden des mains des Houthis en 2015, les prétentions indépendantistes du CTS ont amené les deux alliés locaux de l'Arabie Saoudite et des EAU à entrer en conflit direct ces derniers mois. En janvier 2018, les séparatistes du sud renversèrent le gouvernement légitime à Aden et prirent le contrôle de la ville, déclenchant avec eux des confrontations armées avec les forces loyalistes qui firent plusieurs douzaines de morts.

Sur le front Houthi, le premier semestre 2018 a vu une progression de l'armée yéménite dans les provinces de Taïz, Al Bayda, Marib et Sadah, mettant ainsi fin à l'immobilisme de l'année précédente. Cependant, le nouvel élan profitant à la coalition sera probablement temporaire si ces gains territoriaux ne sont pas appuyés par une stratégie politique cohérente de la part de la coalition et des forces gouvernementales.

TERRORISME

Cette fragmentation de la scène politique et militaire yéménite forme un terrain propice à l'expansion des groupes terroristes salafistes tels que L’État Islamique (EI) et Al Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA). Le risque d'attaques terroristes reste très élevé sur l'ensemble du territoire, y compris à Sanaa. Les intérêts gouvernementaux, houthis et étrangers sont ciblés.

La menace terroriste est particulièrement prononcée dans les zones où l'AQPA a de fortes connexions tribales et dans les provinces plus isolées comme Hadramaout et Shabwah. Des affrontements violents entre l'armée yéménite et les combattants djihadistes sont fréquents dans les provinces d'Al Abyan, Shabwa et Hadramaout. 

L'effort militaire contre l'AQPA bénéficie depuis l'arrivée de l'administration Trump du soutien accru des États-Unis, principalement sous forme de frappes de drones. Fin juillet 2017, les forces spéciales américaines menaient des raids au sol contre un camp de l'AQPA situé dans le gouvernorat d'Al Bayda (première opération américaine lancée directement sur le territoire yéménite depuis le début du conflit en 2015 ; elle fut critiquée localement et sur la scène internationale en raison du nombre important de victimes civiles).

Néanmoins, la résilience d'Al-Qaïda au Yémen ne doit pas être sous-estimée, et une contre-insurrection menée par des forces extérieures (Émirats Arabes Unis, États-Unis) aura pour conséquence probable le renforcement de sa présence auprès des populations locales.

En plus de la menace que représente la branche yéménite d'Al-Qaïda, l'une des plus actives du groupe terroriste, l'EI a lancé une campagne au Yémen en mars 2015 et mené des dizaines d'attaques dans les principaux centres urbains, dont Aden, Sanaa, Ibb, Hodeida et al-Bayda.

ENLÈVEMENT

Plus de deux cents ressortissants étrangers ont été enlevés ces quinze dernières années au Yémen. Les provinces de Saada, Mareb, Shabwah, Abyan, Lahej, du Jawf et de l'Hadramaout sont particulièrement exposées à ce risque. Ces enlèvements peuvent être le fait de plusieurs groupes, criminels, terroristes ou rebelles, avec des fins économiques (demande de rançon) ou politiques. AQAP a exécuté plusieurs otages étrangers enlevés au Yémen par le passé (2014).

Le ministère français des Affaires étrangères rappelle à ses ressortissants l'état très précaire de la situation sécuritaire et politique locale : « De nombreux membres d'AQPA sont implantés au Yémen, en particulier dans sa partie sud et est (région de l'Hadramaout). L'organisation dit cibler particulièrement les Français et recourt régulièrement à l'assassinat ou à l'enlèvement. »

Parmi quelques exemples :

Septembre 2017 : un Américain travaillant pour une compagnie pétrolière yéménite est kidnappé à Sanaa ; L'enlèvement d'un professeur américain et d'un entraîneur de football australien, libéré en mai 2017 grâce à l'intervention du gouvernement omanais, à Sanaa en septembre 2016 firent la une des journaux ; Un prêtre indien a été kidnappé à Aden en mars 2016. En mai 2017, il apparaît dans une vidéo appelant le gouvernement indien à œuvrer à sa libération ; En décembre 2015, une ressortissante franco-tunisienne du Comité International de la Croix Rouge (CICR) est kidnappée à Sanaa puis libérée en octobre 2016, grâce au concours de la diplomatie omanaise ;

TRANSPORTS

L'aéroport international El Rahaba (SAH) de Sanaa n'est ouvert qu'aux vols humanitaires et militaires bénéficiant des autorisations spécifiques. Il est, qui plus est, susceptible de fermetures intempestives à tout moment.

Les individus présents au Yémen doivent limiter leurs déplacements dans le pays. Les grands axes routiers sont goudronnés mais dangereux par temps de pluie et la nuit. Les axes secondaires ne sont pas asphaltés. Les routes à l'entrée des grandes villes peuvent être fermées ou bloquées ; vérifiez l'état du réseau avant votre voyage. Il est fortement conseillé de recourir à des professionnels de la sécurité, de faire appel à un chauffeur local, et de rester discret sur son programme de voyage. L'approvisionnement en carburant est très incertain.

Tout voyage s'effectuant par voie maritime à proximité des côtes yéménites est sujet aux attaques de pirates, lesquelles se soldent généralement par des prises d'otages, de plus en plus violentes. Le golfe d'Aden dans son ensemble demeure très exposé aux attaques et exactions diverses, un risque entretenu par la faiblesse structurelle des États avoisinants, Yémen compris. Plus récemment, différents navires émiratis et américains ont été pris pour cible par des missiles vraisemblablement tirés depuis des positions terrestres houthistes. Tant que les côtes n'auront pas été sécurisées, le risque demeurera. 

SITUATION HUMANITAIRE

Le Yémen traverse une grave crise humanitaire, liée tout à la fois à l'instabilité politique décrite plus haut, aux actes de violence militaire et terroriste constants depuis 2014 - sinon plus - et au blocus imposé par la coalition internationale.

Les principales conséquences visibles de cette crise humanitaire sont la famine frappant toutes les régions contrôlées par les rebelles, souffrant du blocus imposé par la coalition, et les épidémies de choléra et de diphtérie, qualifiée de « sans précédent », affectant nombre de gouvernorats.

L'ONU rapporte que depuis mars 2015, en moyenne 113 personnes sont tuées ou blessées chaque jour au Yémen. Les personnes affectées par le conflit font face à des carences nutritionnelles et manquent d'accès à l'eau potable. Quelque 3,5 millions de Yéménites sont sans abris (déplacés, réfugiés).

SANTÉ

Il est essentiel avant votre départ de souscrire à une assurance prévoyant le rapatriement sanitaire. La situation sécuritaire dégradée impacte les infrastructures sanitaires, déjà limitées, dans l'ensemble du pays ; idem pour la disponibilité des médicaments et traitements qui permettraient de limiter le développement des maladies infectieuses. Ce constat est d'autant plus aggravé par le fait que les erreurs répétées lors des frappes aériennes menées par la coalition internationale ont à plusieurs reprises touché des infrastructures médicales assistées, voire directement gérées, par des ONG présentes sur le terrain. 

L'eau n'est pas potable au Yémen. Le pays subit actuellement une épidémie de choléra majeure. Plus d'un million de cas ont été signalés entre la fin avril 2017 et février 2018, provoquant la mort de près de 2240 personnes. Pour réduire le risque de contamination, il est impératif de se laver les mains régulièrement et soigneusement, de ne boire que de l'eau purifiée ou en bouteille, et d'éviter les aliments crus ou insuffisamment cuits.

La diphtérie est résurgente au Yémen, notamment dans les régions d'Ibb et de Hudaydah. Entre août 2017 et janvier 2018, environ 500 cas ont été signalés, dont une cinquantaine de morts (taux de mortalité de 10 %). Les organisations humanitaires redoutent une épidémie en raison des faibles taux de vaccination, du manque d'accès aux soins médicaux et du grand nombre de personnes déplacées, facilitant la propagation géographique de la maladie. Les symptômes incluent fièvre, maux de gorge, toux, écoulements nasaux et apparition d'une membrane dans la gorge et sur les amygdales. Un vaccin est disponible pour soigner cette maladie.

L'augmentation du nombre de cas de paludisme inquiète les organisations humanitaires. Le risque est particulièrement prononcé durant la saison des pluies, de septembre à février, dans les zones inférieures à 2 000 mètres d'altitude. Les symptômes incluent fièvre, frissons, maux de tête, nausées et douleurs musculaires ; les premiers symptômes apparaissent généralement entre dix et 15 jours après la piqûre de moustique contaminant. Il n'existe pas de vaccin contre le paludisme mais des médicaments préventifs sont disponibles.

Le nombre de cas de dengue, une autre maladie transmise par les moustiques, a nettement augmenté depuis fin 2015, notamment dans le centre et le sud du Yémen (région du Taïz).

On recense également au nombre des maladies présentes sur le territoire : la rage, la leishmaniose et la gale (transmises par piqûre d'insectes ou morsures d'animaux).

Un certificat de non-séropositivité (VIH-Sida) est exigé pour tout séjour de plus d'un mois.

LÉGISLATION LOCALE

Depuis 2010, le Yémen ne délivre plus aucun visa touristique. Il faut une autorisation spéciale des autorités yéménites pour pouvoir s'y rendre. Les personnes ayant le tampon israélien sur le passeport se verront refuser l'entrée sur le territoire.

Le Yémen est un pays musulman. Il convient de se montrer respectueux des rites et coutumes propres à la religion musulmane dominante. Les femmes doivent se couvrir les bras et les jambes ; il est interdit de fumer, de manger, ou de boire en public durant la journée pendant le mois du Ramadan.

L'importation d'alcool est fortement déconseillée ; si une certaine tolérance existe, le risque de confiscation reste très élevé.

DIVERS

Les distributeurs automatiques de billets sont rares en dehors de Sanaa. Le dollar américain est la monnaie la plus facilement utilisable et convertible.

Climat

La saison des pluies arrose le Yemen de mars à août sauf dans les zones désertiques du Nord et de l'Est. Sur les côtes, le climat est chaud et humide, difficilement supportable, en juillet et août. La période la plus clémente s'étend de décembre à février. Dans les reliefs, les températures sont tempérées, l'été est humide et l'hiver est sec. En haute altitude (2 000 mètres), les écarts de températures sont importants entre le jour et la nuit.

Numéros utiles

Indicatif téléphonique: 967 Police: 199 Police touristique à Sanaa: 00 967 1 226 623

Electricité

Voltage: 220/230 V ~ 50 Hz

Prises: