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Lettre d’opinion de Christian Paradis: Et si les policiers se consacraient à leurs tâches essentielles ?

By: Mylene Dumoulin
mars 30, 2017

Christian Paradis, Vice-président principal, développement stratégique, Services de protection, chez GardaWorld, soutient que certaines tâches effectuées par les policiers pourraient être confiées à des agents de sécurité.

Quand on va chez le dentiste, tous les gens du personnel ne sont pas dentistes. Les raisons nous paraissent évidentes. Pourtant, dans nos forces policières, des policiers formés et qualifiés effectuent des tâches autres que leurs tâches essentielles, des tâches pour lesquelles leur expertise n’est aucunement requise. Peut-on se permettre une telle mixité des tâches dans nos services policiers ? Non.

Les gouvernements ont revu récemment leurs dépenses. La plupart des entités publiques ont vu leur budget diminuer. Une tendance inverse s’est toutefois dessinée quant aux services policiers, alors que le taux de la criminalité est à la baisse.

Les Professeurs Ruddel et Jones dans leur rapport « The Economics of Canadian Policing: Five Years into the Great Recession» projettent même une augmentation des coûts des services policiers par habitant de 61% entre 2011 et 2025 au Canada, en s’appuyant sur la tendance observée entre les années 2001 et 2012. Les coûts de la main-d’œuvre ont généralement  grimpé en flèche et peuvent représenter à eux seuls jusqu’à 90% des budgets.

Ce rythme de croissance des coûts des services policiers est manifestement intenable. Il faut penser différemment et revoir les paradigmes rattachés aux services policiers.

Actuellement, les policiers exécutent des fonctions de support qui pourraient être exécutées facilement par des agents de sécurité. Pensons aux fonctions suivantes : services de détention et transport, circulation et soutien administratif, par exemple, qui pourraient facilement être imparties.

Soyons clairs : l’impartition des services de support, ce n’est pas confier des tâches qui requièrent une autorité policière à des agents de sécurité. L’impartition des services de support, c’est gérer autrement ces services pour permettre aux policiers de se concentrer sur leurs tâches essentielles et ainsi, mieux protéger la population.

L’industrie de la sécurité privée au Canada est mûre pour exécuter les fonctions de support aux policiers. Elle est assujettie à des règles qui l’ont professionnalisée au courant des dernières années et elle compte plus de 140 000 agents accrédités. Des organisations de surveillance crédibles ont été mises en place.

Dans sa note de janvier 2015, Mathieu Bédard de l’Institut Économique de Montréal illustre que l’impartition de tâches auxiliaires au secteur privé pourrait générer des économies substantielles dépassant les 50% dans certains cas.

Le cas du service de Lincolnshire en Angleterre est éloquent. Tout en diminuant ses coûts de plus de 20%, ce service a vu le taux de criminalité sur son territoire chuter de 14% suivant un exercice d’impartition des fonctions de support policiers à des agents de sécurité.

Pour y arriver chez-nous, une ségrégation des tâches dans nos services doit nécessairement être effectuée afin d’identifier clairement celles pouvant être imparties. Cet exercice doit se faire de façon collégiale (autorités, syndicats et industrie). Avec de la volonté, c’est possible.

Ensuite, l’instauration d’un procédé concurrentiel basé sur des objectifs clairement établis et communiqués à l’industrie lui permettra d’offrir une gestion optimale des ressources: agilité, flexibilité et respect d’indicateurs clés de performance.

Résultat ? Nos policiers dûment formés et qualifiés s’investiront exclusivement dans les tâches pour lesquelles ils ont été formés et les agents de sécurité les supporteront. S’ensuivra une efficience et une efficacité accrues des services, un contrôle des coûts et une motivation rehaussée.

Il est temps pour les gouvernements de saisir la balle au bond et d’élargir leur cadre législatif pour permettre cette transformation nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario dit vouloir revoir sa législation. Souhaitons que ça rejaillisse partout au pays.